Un texte sur la foi

 

 

Que votre foi demeure vivante et forte

Première partie

Le 17 janvier 1985, mère Julienne du Rosaire offrait des vœux à la Fraternité eucharistique – un groupe de laïcs qui viennent en notre Cénacle les jeudis soir, pour un temps d’adoration suivi de la célébration eucharistique. À cette occasion, elle a commenté quelques paroles prononcées par le pape Jean-Paul II lors de sa visite à Québec, le 9 septembre 1984. Voici des extraits de ces vœux :

 

« Que votre foi demeure vivante et forte... qu’elle soit toujours plus enracinée dans la prière et l’expérience des sacrements. Qu’elle rejoigne le Dieu vivant dans son Fils, Jésus-Christ, le Sauveur, grâce à l’Esprit-Saint, dans l’Église. » (Jn-Paul II)

 Votre foi! elle est vivante et forte, c’est évident : votre présence ici ce soir nous en est une preuve, et vous nous en donnez bien d’autres! Nous vous souhaitons qu’elle le demeure et que l’Esprit-Saint développe toujours plus en vous l’habitude de tout regarder à sa lumière.

Notre foi, c’est la brillante petite étoile qui scintille au firmament de l’Église, c’est cette précieuse lumière intérieure qui éclaire nos ténèbres et guide nos pas dans notre recherche de la Vérité. Notre foi! c’est Quelqu’un : c’est Jésus, le Fils de Dieu fait homme qui, dans son Église et par l’Esprit Saint, au moyen de ses sacrements, nous transmet la vie des enfants de Dieu. Notre foi, quel trésor! Elle nous révèle notre origine, le pourquoi de notre existence et notre destinée. Elle donne le vrai sens à notre vie. Elle transfigure à nos yeux tout ce qui compose notre quotidien, nous en faisant voir les événements heureux ou malheureux comme des moyens mis à notre disposition pour collaborer à notre salut et à celui des autres. Notre foi opère des miracles de charité : elle nous découvre Jésus en nos semblables et nous inspire du respect pour chacun. C’est elle qui vous ouvre le cœur pour accueillir et soulager les pauvres et les malheureux. C’est elle qui vous pousse parfois à des actes héroïques tels qu’oublier une injure, pardonner une injustice, rendre le bien pour le mal. C’est elle qui vous invite à multiplier les gestes aimables, les services de toutes sortes qui disent : je t’aime, et qui favorisent l’unité des cœurs.

Aux jours sombres ou d’épreuves, la foi tourne notre regard vers le ciel. Aux jours de deuils par exemple, l’être cher qui nous a quittés, elle nous le montre plus près de nous que jamais et capable de nous aider plus qu’autrefois. Oui, c’est elle, la foi, et elle seule, qui nous fait accepter la souffrance et en comprendre la fécondité rédemptrice : c’est ainsi qu’une vie en apparence inutile à cause de la maladie ou de l’âge, mais offerte et unie à Jésus, est très fructueuse dans et pour l’Église. C’est la foi qui nous donne le courage, en nos heures d’angoisse, d’agonie, de dire le « Oui, Père » du Christ à Gethsémani, de boire jusqu’au fond notre calice de douleur et d’achever ainsi en nous la passion du Christ pour son Corps, l’Église. C’est elle qui nous consolera et nous pacifiera au moment où il nous faudra quitter ce monde; elle nous fera entrevoir Dieu-Père, les bras ouverts pour nous accueillir et nous installer dans le Royaume de son Fils, Notre-Seigneur.

 Oui, votre foi, elle est vivante, elle est forte! C’est elle qui vous tient solides dans la tempête religieuse et sociale que nous traversons de nos jours, qui vous fait résister aux courants modernes et agir selon vos principes chrétiens, au risque de perdre des amis, de voir diminuer votre prestige, etc. C’est elle qui vous empêche de faire ceci ou cela uniquement parce que « tout le monde le fait » et vous garde fidèles aux enseignements de l’Église. Avec Jean-Paul II, nous souhaitons que votre foi demeure vivante et forte, inébranlable jusqu’au soir de votre vie.

Si votre foi est vivante et forte, c’est qu’elle est bien enracinée dans la prière, qui en est l’expression. La prière est un acte de foi en Dieu, en sa présence. Elle est accueil de Jésus, intimité d’amour avec lui et, en lui, avec le Père. Elle est écoute de sa Parole et réponse à ses invitations. Elle est le souffle de notre vie surnaturelle. Nous pouvons comparer les effets de la prière sur la foi à ceux des exercices physiques sur la santé : la prière maintient notre foi en forme, la revigore, la rajeunit. Nous vous souhaitons une foi vivifiée par une prière fréquente et fervente, une prière qui soit à la fois dialogue avec Jésus et, en lui, cœur à cœur simple et confiant de l’enfant de Dieu avec son Père dont la bonté, l’amour et la toute-puissance l’émerveillent, le jettent dans l’adoration et lui permettent toutes les audaces. Si Jésus est notre foi, il est aussi notre prière, notre offrande, notre sacrifice d’adoration et d’action de grâce. [...]

Mère Julienne du Rosaire, 17 janvier 1985