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Pour nourrir votre prière du Jeudi saint (2016)

Extrait d'un entretien de Mère Julienne (21 avril 1977)

En effet, l’Eucharistie, quelle merveille! N’est-ce pas cette prodigieuse invention sortie du Cœur de Jésus au Jeudi-Saint, par laquelle Il nous donne sa présence réelle et son Sacrifice? Invention qui nous permet d’offrir le Christ à son Père et de nous offrir avec Lui, de communier à son Corps, à sa Mort et à sa Résurrection.

La Messe, nous le savons, est le sacrifice du Calvaire. Par la puissance de Jésus-Christ, ce sacrifice, qui eut lieu il y a 2000 ans, se joue du temps et de l’espace, et nous rejoint aujourd’hui, en 1977, partout où un prêtre prend en ses mains le pain et le vin et prononce les paroles créatrices sorties des lèvres du Sauveur à la Cène: "Ceci est mon Corps... Ceci est mon Sang". Essayons de saisir ce qui se passait alors dans le Cœur du Christ.

En ce moment, c’est ici sur l’autel que ce Mystère, à la fois impressionnant et écrasant, va s’accomplir. Le Sacrifice de la Croix sera mis à nouveau à notre portée; y songeons-nous assez? y croyons-nous assez?Pour entrer dans le jeu et remplir notre rôle, plaçons sur la patène tout ce qui forme la trame de notre vie: travail, prière, souffrances, épreuves et même nos joies. Offrons aussi le travail et les souffrances des autres, de nos proches, de tous ceux qui aiment et servent le Seigneur; offrons aussi le travail et les souffrances de ceux qui, malheureusement, travaillent et souffrent sans amour pour Dieu et sans espérance, sans avoir la foi ou sans la vivre. Offrons surtout notre être tout entier, notre intelligence, notre volonté, notre cœur, notre amour en sorte qu’au moment de la consécration Notre-Seigneur puisse dire sur chacun de nous ce qu’Il dira, par la bouche du prêtre, sur le pain et sur le vin, qui représentent notre travail et notre vie: "Ceci est mon Corps... Ceci est mon Sang".

Il peut arriver que nous ayons peur de nous offrir ainsi, peur que ça nous entraîne des souffrances. Mettons cette peur de côté, car, que nous l’acceptions ou non, la souffrance nous guette, nous visite. Elle est vieille comme le monde, et on la retrouve partout sur notre route, mais le fait de l’offrir, de la glisser dans le calice du Seigneur la rend non seulement plus méritoire, mais moins lourde à porter. "Mon joug est doux et mon fardeau léger", nous dit le Seigneur.

Par la consécration, Jésus est rendu présent sur l’autel tel qu’Il est au ciel; ressuscité, Il ne souffre pas, ni ne meurt, mais Il continue à offrir sa vie, ses souffrances et sa mort en esprit d’adoration et d’action de grâces, dans le même élan d’Amour qui lui ouvrit le cœur lorsqu’Il permit à la lance du soldat d’y recueillir la dernière goutte de son Sang pour nous dire jusqu’à quel point Il nous a aimés. À ce moment de la consécration, sommet du Saint-Sacrifice, si nous supplions le Seigneur de nous transformer et si nous nous laissons prendre, il n’y a aucun doute qu’une sorte de changement va s’opérer en nous, qui nous disposera à accueillir totalement Jésus au moment de la communion, à Le laisser agir en nous et faire de nous, en Lui, des adorateurs en esprit et en vérité.

Et je vous laisse avec cette belle prière de la veillée pascale: "Donne, Seigneur, à tous les hommes que tu as rachetés, de comprendre que ton Sacrifice, notre Pâque, est une œuvre plus merveilleuse encore que l’acte de la création au commencement du monde".

[Extrait d'un texte de Mère Julienne du Rosaire, pour la Fraternité Eucharistique, à Beauport, le 21 avril 1977.]