La découverte d'une volonté du Seigneur

Un nouveau directeur spirituel

Par la suite, une religieuse de la congrégation des Dominicaine de l’Enfant-Jésus, Mère Madeleine de Pazzi, ayant discerné chez Julienne une vie spirituelle particulièrement intense et hors du commun, lui propose de trouver un nouveau directeur spirituel. Elle lui suggère de s'adresser au chanoine Cyrille Labrecque, tertiaire dominicain et théologien spirituel chevronné. 

Julienne rencontre le Chanoine pour une première fois le 26 janvier 1941. Petit à petit, elle s'engage avec lui dans un chemin de confidence pour discerner la Volonté de Dieu sur elle. Sans le savoir, Julienne vient de rencontrer celui que la Providence destine à devenir non seulement son père spirituel, mais aussi le collaborateur choisi par Dieu pour l'aider dans la fondation d’un nouvel institut religieux.

S’ouvre ainsi pour Julienne l’étape la plus importante de sa vie, une période de purifications profondes, mais aussi un temps où elle reçoit des lumières décisives pour elle-même et pour l'œuvre qui lui sera confiée.

Expériences spirituelles intenses et lumineuses


Le Jeudi saint, 2 avril 1942, Julienne fait l’expérience du mystère de la dernière Cène, sommet de la vie du Seigneur, expression ultime de son amour, de son don de lui-même. Jusque-là, par l'évangile de la Samaritaine, elle avait compris que Jésus dans l'Eucharistie était le don de Dieu. En ce Jeudi saint, elle comprend avec quel immense amour Jésus se donne dans l'Eucharistie. En instituant ce soir-là son Sacrement d'amour, il se crée, pour ainsi dire, une vie nouvelle, une vie sacramentelle.

Elle comprend alors que « si on honore d'une façon particulière cet acte d'amour, Notre-Seigneur nous introduira dans son Cœur pour nous faire vivre de sa vie ».

 

À cette occasion et par la suite dans d’autres expériences, Julienne découvre que c’est son Cœur que le Seigneur met ainsi à notre disposition dans l’Hostie. Il nous donne son Cœur pour que nous aimions comme lui et par lui, pour qu’en lui nous glorifiions le Père et toute la Trinité et pour qu’avec lui, nous nous offrions pour la vie du monde.

À partir de ces compréhensions, il se produit en Julienne un besoin intense de faire connaître Jésus dans son acte d’amour de la Cène.

Julienne comprend également que le Cœur du Christ qui se donne dans l'Eucharistie où il est présent contient l'amour du Père, du Fils et de l'Esprit et que l'Eucharistie, c'est le Christ dans tous ses mystères: Incarnation, Rédemption. Elle sait que le but de Notre-Seigneur sur la terre, dans son Eucharistie, c'est de nous faire vivre de sa vie intérieure, afin que par lui soit glorifiée la Sainte Trinité. 

Les mois suivants, les lumières abondent chez Julienne, tant au niveau de sa compréhension du sacrifice de la messe, dans lequel nous sommes appelés à nous offrir avec Jésus, que du rôle de la Vierge Marie, mystérieusement présente à l'autel comme médiatrice auprès de Dieu.

Fondatrice d’une nouvelle communauté

Pendant que Julienne pénètre de plus en plus dans ce mystère de l'immense amour du Cœur de Jésus se donnant dans l'Eucharistie, elle reçoit des signes toujours plus clairs d’une volonté du Seigneur sur elle. Dieu semble vouloir lui confier la fondation d’une nouvelle communauté, les Dominicaines Missionnaires Adoratrices, dont la mission serait de vivre de cette spiritualité et d’en être les apôtres.

Pour Julienne et pour son directeur, l’évidence s’impose. Un mémoire est présenté par le chanoine Cyrille  Labrecque au cardinal Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve, o.m.i., archevêque de Québec. Ce dernier reçoit Julienne qu'il interroge; il lui devient alors très clair que ce projet vient vraiment de Dieu.

C’est ainsi que le 30 avril 1945 - alors fête de sainte Catherine de Sienne -, avec Monsieur le Chanoine et trois compagnes, Julienne s’offre pour le règne du Cœur Eucharistique de Jésus. Le cardinal Villeneuve bénit le groupe fondateur et lui dit : « C’est une grande œuvre qui se fonde aujourd’hui. Elle est voulue de Dieu et elle vivra ».

L'Institut naissant s’installe à Beauport, dans la banlieue de Québec et prend le nom de Société du Cœur Eucharistique. La nouvelle fondation sera érigée canoniquement le 7 octobre 1948, sous le nom de Dominicaines Missionnaires Adoratrices. À cette occasion, Julienne — devenue Mère Julienne du Rosaire — et sa première compagne, Colette Brousseau, prononceront leurs vœux perpétuels.