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Sœur Irène Paquin : une grande missionnaire! Sa vie fut toute donnée, à la suite de son Seigneur et de saint Dominique qu’elle aimait tant!

Témoignage lors des funérailles de sœur Irène Paquin, o.p.

Bien chers parents et amis,

Nous connaissons peu notre sœur qui vient de nous quitter, si nous n’avons pas vécu avec elle. Pour vous en parler, heureusement que j’avais à ma disposition quelques écrits et récits de confidences faites à ses plus proches.

Sœur Irène : grande physiquement, mais très grande spirituellement;

Sœur Irène : frêle physiquement, mais habitée par une force mystérieuse.

Sa simplicité d’enfant avec le Seigneur concrétise sa vie intérieure, qui nous semble très intense, en gestes concrets, imitables, j’ose dire… Ces gestes qui l’ont fait grandir dans l’amour peuvent nous faire grandir dans l’amour nous aussi.  

 Elle voulait être dominicaine parce qu’elle a vécu à Ottawa, dans la paroisse St-Jean-Baptiste, desservie par les Dominicains, et elle a baigné dans cette ambiance dominicaine. Donc, elle écrit pour demander son entrée chez nous : « J’ai depuis longtemps un grand désir pour la vie religieuse dominicaine ». Et elle signe : « Une âme désireuse de vivre sous l’égide de saint Dominique ». Mais pour que son désir soit exaucé, imaginez-vous qu’elle se forme un conseil dominicain au ciel! Notre-Seigneur en est le Supérieur; la Sainte Vierge, saint Dominique, sainte Catherine de Sienne et saint Vincent Ferrier sont ses conseillers. Leur rôle était de voter en sa faveur, afin qu’elle soit acceptée dans notre Congrégation!

Sœur Irène possède une personnalité à la fois très riche et très discrète; douée de nombreux talents, elle les met sans tarder au service des autres. Mais après un an de profession temporaire, elle écrit une lettre à la Sainte Vierge et la dépose sous sa statue, lui demandant que quelque chose change dans la vie qu’elle menait ici au couvent de Beauport. Sans rien savoir, mère Julienne du Rosaire lui demande d’aller fonder une mission en Alberta, dans la Réserve Indienne de Saddle Lake, où l’évêque nous réclame.  

 Elle avait de bonnes raisons, mère Julienne :

1. sœur Irène avait enseigné six ans avant son entrée;

2. elle est la seule sœur à maitriser l’anglais, langue officielle en Alberta.

Sœur Irène accepte donc, sachant bien que la vie dans les Réserves Indiennes et la vie en communauté exigera d’elle patience, douceur, courage, etc. : vertus qui vont parfois jusqu’à l’héroïsme. Elle entre dans la Réserve le 2 septembre 1955, avec trois autres consœurs. Elle vit ainsi en Alberta pendant 51 ans, déménageant d’une mission à l’autre quand l’autorité le lui demandait. Dans sa vie religieuse, l’obéissance à la suite du Christ est primordiale pour elle

Pour notre sœur, l’Eucharistie est un amant qui l’attire sans cesse. Toute jeune, en se rendant à l’école, elle s’arrête souvent à l’église pour parler à Jésus. Plus tard, elle participe chaque matin à la messe. En mission, lors d’une visite de mère Julienne, une de ses paroles l’interpelle et lui revient constamment à l’esprit : « Notre-Seigneur est là à la chapelle, dans l’Hostie, et vous le laisseriez seul? ». Cette parole la poursuit par la suite même pendant qu’elle enseigne, de telle sorte que, sans biloquer, son cœur accompagne en même temps Jésus au tabernacle. « Dans ma vie missionnaire, quand j’ai des difficultés, je vais me jeter au pied du tabernacle, c’est là que je puise mes forces », dit-elle.

Sœur Irène ne peut vivre sans la messe quotidienne. Les sœurs qui ont vécu avec elle le savent. Si le prêtre est absent, il faut se lever plus tôt, franchir des distances pour vivre l’Eucharistie et revenir à temps pour enseigner. Mais avec le temps, notre sœur doit s’adapter et même présider des Assemblées dominicales sans prêtre!

 La Vierge Marie était toujours là pour attiser sa ferveur. « Pour moi, dit-elle, la Vierge, c’est Marie, rien que cela mais tout cela, et… elle est très belle! » Sœur Irène a une très grande confiance en Marie. Elle semble tout obtenir par ses Ave. La prière quotidienne du rosaire occupe une large part dans sa journée; elle ne s’endort pas sans l’avoir terminée. À plusieurs reprises, lors du dénouement heureux d’une difficulté, elle avoue triomphalement : « Je l’avais demandé à Marie ». Toutes les situations y passent, à partir d’un porte-monnaie contenant 50,00 $ qui, perdu, revient une semaine plus tard avec tout son contenu…, jusqu’à l’auto qui s’arrête sur la voie ferrée mais redémarre ensuite…, sans doute poussée par Marie!

Sœur Irène mange peu, dort peu; elle prie pendant des heures, enseigne, s’occupe de la comptabilité de la maison : les comptes sont tenus à la perfection, mais les épreuves, les croix, elle les note pas, elle les accueille sans calculer, les supporte les yeux fixés sur son Seigneur et habitée par une force mystérieuse.

La dernière étape de sa vie se déroule à l’Infirmerie intercommunautaire des Augustines de la Miséricorde de Jésus. Quand nous allons la visiter, surtout pendant les dernières années, nous ne pouvions la regarder sans voir Jésus en croix. Une compagne dit d’elle : Sœur Irène? Jamais une plainte, mais toujours la vérité : « Ça va bien? » lui demandait-on? Elle répondait : « oui », si c’était oui; « non », quand c’était non.

Je termine par ces mots que mère Julienne lui a adressés en 1980 : « Votre abandon vous a livrée comme un instrument de choix aux mains de la divine Sagesse. Vous portez en votre vie nos missions de l’Ouest. Vous les avez enfantées de votre chair et de votre sang. Oui, soyez bénie de ce que vous récoltez aujourd’hui. »

Chère sœur Irène, de là-haut, intercède pour nous!

Sœur Julienne Turmel, o.p.

Ce 24 août 2017